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19 octobre 2015

Des formations adaptées aux mutations du marché

Par Réginald Harvey

Article publié dans Le Devoir le 17 octobre 2015

Article Le Devoir 2015-10

L’Université Laval se consacrait déjà à la formation continue auprès des organisations il y a plus de 20 ans, et elle adapte de nos jours cette indispensable mise à jour des connaissances aux besoins réels que manifestent les individus et les groupes. L’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ) s’est tourné vers cet établissement pour rendre disponible à certains de ses membres un programme en santé publique.

Vincent Goulet, directeur général de la formation continue à l’Université Laval, cerne les changements en cours dans ce type de formation : «Une des réalités que l’on voit actuellement porte principalement sur un marché qui est en profonde transformation.» Il s’explique : «D’une part, les organisations publiques et parapubliques s’investissent un peu moins dans ce domaine pendant que le marché se déplace vers les entreprises privées. On constate également que les démarches pour obtenir ce genre de formations viennent de plus en plus des individus eux-mêmes, qui les magasinent et qui les réclament auprès de leur employeur.»

Il y a là un impact sur le monde universitaire qui doit s’adapter à ce nouveau mode de fonctionnement : «Quelqu’un mele faisait remarquer au moyen d’une analogie qui est intéressante: les “iPhone” ne sont pas rentrés dans les organisations parce qu’elles commençaient à en acheter, mais plutôt parce que les employés eux-mêmes voulaient en avoir un; le même phénomène apparaît dans notre environnement pédagogique.»

En deux temps…

Il y a des besoins qui se manifestent de deux façons en formation continue, selon le DG : «Il faut distinguer celle qui est vraiment disciplinaire, qui est vraiment axée vers la discipline des individus, comme celle qui se rapporte au génie pour les ingénieurs ou celle qui a trait à la médecine dentaire pour les dentistes.»

En deuxième lieu, «l’autre grand type de marché appartient à des gens qui progressent dans leurs carrières. On touche là principalement à de la formation qui est liée à la gestion: les gens progressent dans leurs carrières et deviennent des gestionnaires sans pour autant avoir étudié dans ce domaine; ils veulent donc obtenir des outils pour développer leur leadership, leurs aptitudes de communication et tous les outils du même genre».

Laval forme des individus qui peuvent eux-mêmes s’inscrire dans différents programmes, mais les entreprises peuvent aussi recourir à ses services pour obtenir des formations sur mesure, comme le fait savoir Vincent Goulet : «On en fait beaucoup et c’est un défi pour nous et pour les universités en général parce que, souvent, les gens ne savent pas que ces établissements peuvent le faire.» Il se penche sur un aspect important de l’évolution des besoins : «Ils sont différents et ce que l’on recherche, tant chez les individus que chez les organisations, c’est de la flexibilité dans la manière de transmettre les connaissances.» La formation à distance prend de plus en plus d’importance.

Une démarche pédagogique inédite

Il existe maintenant un nouveau programme de formation continue sur la nutrition en santé publique qu’offre l’Université Laval en partenariat avec deux autres institutions universitaires (Montréal et McGill). Annie Bédard en est la coordonnatrice. Qu’en est-il au juste de cet aspect de la nutrition ? «La population considère le plus souvent que la nutritionniste a un rôle plus clinique et qu’elle se livre, par exemple, à du “counseling” individuel dans un bureau; il est vrai effectivement que le plus grand nombre de celles-ci se consacrent à ce genre d’activités. Quant à celles qui travaillent en santé publique, il s’agit d’un tout autre champ de pratique défini par notre ordre professionnel: dans un tel cas, la clientèle appartient vraiment à une population dans son ensemble.»

Elle fournit des exemples d’interventions : «Il peut s’agir d’une politique alimentaire qui se retrouve en application dans un milieu scolaire ou encore de la bonification de l’offre alimentaire dans des établissements dédiés au sport ou à la santé; on peut également interagir pour favoriser l’agriculture urbaine dans un quartier. En fait, on ne vise pas un individu, mais une collectivité dans son tout.»

Et voilà que l’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ), se montrant préoccupé par la formation continue comme tous les ordres le sont, s’est rendu compte que celle-ci était davantage disponible en nutrition clinique ; on a donc convenu de mandater une firme pour déterminer quels étaient réellement les besoins des nutritionnistes en santé publique pour cette formation afin de les combler. Une fois le sujet solidement documenté, le projet a suivi son cours et « un programme a été élaboré pour rehausser la qualité des interventions. C’est ainsi que l’OPDQ a confié à trois universités le mandat de le concrétiser».

Une démarche réussie

Finalement, la direction générale de la formation continue de Laval a été retenue pour la raison suivante, comme le souligne la coordonnatrice : «On a sollicité leur expertise parce que les nutritionnistes avaient besoin d’une certaine flexibilité dans les modalités de prestation. En plus, celles-ci étaient réparties sur tout le territoire québécois et il devenait évident qu’une formation à distance s’imposait; sur ce plan, on savait que l’Université Laval était une pionnière dans ce domaine.»

Annie Bédard décrit en détail tous les aspects du programme, qui comprend 13 modules en ligne accompagnés d’apprentissages variés directement apparentés à des situations en milieu de travail ; elle insiste sur un point : «Chacun des modules avait un enseignant principal et d’autres collaborateurs de terrain qui pouvaient venir du Québec, du Canada et même de l’étranger; ces experts dans différents secteurs de la profession ont servi à rehausser la qualité de la formation.»

À la suite d’une première expérience vécue, la cohorte inscrite au programme recevra sous peu une certification. Elle en trace le bilan : «Ce fut un succès au-delà de nos attentes; il y avait 60 places disponibles et on a reçu 200 demandes d’inscription, tant et si bien qu’on a élargi ce nombre de places à 90. Pour 2016, les demandes affluent déjà.»